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Comprendre les notions de féminin et masculin sacrés

Comprendre les notions de féminin et masculin sacrés

Konrad Florkow, ostéopathe à Castres, a eu l'intelligence de rédiger un article très complet et éclairant sur le sacrum. Il y explique, depuis les traces les plus anciennes portées à notre connaissance, l'origine du mot et du caractère sacré qu'il recouvre. À l'heure où nous parlons de plus en plus de féminin et de masculin sacrés, il nous a semblé opportun de préciser cette notion et de cheminer aujourd'hui, en conscience, vers nous-même et vers l'autre, dans ce qui nous relie au divin et nous unifie, en tant qu'êtres spirituels.

L’ORIGINE DES MOTS: « SACRUM »

Aujourd’hui nous allons nous intéresser à l’origine du mot « sacrum ». Nous allons voir ensemble si ce mot à une origine particulière et pourquoi nous l’avons attribué à une partie du corps.

La définition donnée par le Larousse est la suivante: Pièce osseuse formée par la soudure des cinq vertèbres sacrées et s’articulant avec les deux os iliaques pour former le bassin osseux. Il faut l’avouer c’est une définition pas facile à aborder pour un néophyte en anatomie.

 

Pour faire plus simple cet os est situé au niveau du bassin et fait suite à la colonne vertébrale. il est compris entre les deux os iliaques (les hanches) et a une forme triangulaire. Il s’articule en bas avec le coccyx, la dernière partie de la colonne vertébrale. Nous pouvons dire que le sacrum fait partie à la fois du bassin et de la colonne vertébrale car il est composé de plusieurs vertèbres qui se soudent pendant la croissance formant un seul os.

Cela ne vous a pas échappé, sacrum ressemble beaucoup à sacré et vous avez raison sacrum vient du latin sacer qui signifie sacré[1]. Pourtant, malgré les 200 os dans notre corps, nous en avons qu’un seul qui est sacré: le sacrum. D’après le dictionnaire étymologique Larousse, le mot sacrum est apparu la première fois dans la langue française en 1363 mais les civilisations romaines et grec le nommaient déjà os sacrum que l’on peut traduire par os sacré et hieron osteon par os temple. 

Pourquoi les anciennes civilisations le considéraient comme sacré ?

 

LE SACRUM: UN TEMPLE ?

Le terme grec hieron signifie un espace sacré. Cela peut être un sanctuaire, un temple mais cela peut également être un lieu sans localisation précise mais qui dispose juste d’une histoire. Avant de construire des édifices, les anciens honoraient la Divinité dans des bois ou des lieux surélevés qui ont par la suite été considéré comme sacrés. L’association du terme hieron avec cet os du bassin dénote une fonction particulière de cet os que les autres n’ont pas. Pourquoi choisir tel bois et pas un autre ? Ne serait-ce pas car il est différent des autres ?

Le sacrum est de cela différent qu’il est intimement lié aux organes reproducteurs et donc à la gestation. Ce lien existe même anatomiquement où les organes reproducteurs de la femme tels que l’utérus et les ovaires sont reliés au sacrum via des ligaments. Lors de l’accouchement, le sacrum joue un rôle très important pour la sortie du bébé mais aussi dans le modelage de son crâne. Cet os porte peut-être ce nom de par la protection qu’il assure aux organes reproducteurs, considérés comme sacrés dans l’antiquité, un véritable temple de la procréation et donc de la vie.

 

POUR LE SACRIFICE

Dans ces époques reculés, le culte est associé à de multiples sacrifices. Le sacrum faisait partie des parties de l’animal que l’on offrait au dieu en le brûlant. De par sa forme incurvé, il pouvait aussi soutenir les entrailles de l’animal offert en sacrifice aux dieux. On retrouve par ailleurs cette fonction dans la définition du 1er siècle donnée par Cicéron du mot sacrum, sacri : objet de culte, culte domestique, rite.

Petit aparté: Le latin utilise les déclinaisons comme en allemand ou dans les langues slaves. Pour un même mot, l’orthographe est modifiée en fonction de la place du mot dans la phrase. S’il est sujet, COD ou COI (complément d’objet direct et indirect), le mot n’a pas la même orthographe.

 

CLÉ DE LA VIE APRÈS LA MORT ?

Fait intéressant, le sacrum est le dernier os à disparaitre lors de la décomposition du corps. Cela est surement due à son épaisseur et à sa taille. Quoiqu’il en soit une hypothèse voudrait que les anciens voyaientt le sacrum comme un point clé à partir duquel le corps se reconstituait dans l’Au-delà.

 

UNE HISTOIRE PARTICULIÈRE

Au fil de l’histoire, les définitions changent en fonction de qui les dictent et à quelles époques ils vivent. C’est ainsi que il peut y avoir plusieurs définitions d’un même mot. C’est le cas pour sacer, le mot latin pour sacré d’où provient le mot sacrum.

 

Sacer désigne tantôt la séparation, l’interdit, le maudit tantôt le sacré, le divin. Pour Émile Benveniste: « C’est en latin que se manifeste le mieux la division entre le profane et le sacré; c’est aussi en latin que l’on découvre le caractère ambigu du « sacré »: consacré aux dieux et chargé d’une souillure ineffaçable, auguste et maudit, digne de vénération et suscitant l’horreur. »

 

Nous pouvons voir ces différents sens dans les différentes définitions:

Au 2ème siècles avant J.C, Plautus donnait la définition suivante: adj, exécrable, dont on doit avoir horreur

Au 1er siècle avant J.C, Cicéron le définissait de cette façon: adj, consacré, dédié à une divinité

A la même époque Titus Livius lui parlait juste de : dévoué(e) à un dieu.

 

Pourquoi donner à sacer la définition d’exécrable ? Selon Servius (Maurus Servius Honoratus), un grammairien célèbre du 4ème siècle, cela peut être lié à une ancienne coutume des habitants de Marseille. Lorsque la peste s’abattait sur la ville, on choisissait un mendiant ou un misérable qui était nourri et engraissé au dépend des autres. Il était promené dans la ville puis le peuple lui envoyait milles malédiction et priait que les Dieux épuisent leur colère sur lui avant de le sacrifié. Ce mendiant était à la fois dévoué au sacrifice mais aussi maudit et exécrable.[2]

 

Ce changement dans la définition montre bien une certaine dualité de ce mot retranscrivant à la fois l’horreur et le merveilleux. Cette dualité est bien décrite par Spinoza[3] :

 

« Mais au contraire ce qui chez les uns est sacré

est sacrilège chez d’autres et ce qui

est honorable chez les uns

est honteux chez d’autres »

 

La honte est par ailleurs revenue au fil des années. Les anatomistes donnèrent le nom de honteux aux nerfs qui innervent le périnée et les organes génitaux externe. Par la suite ce nom a changé et s’est transformé en nerf pudendal. Malgré le changement de nom celui-ci reflète toujours la même signification car il provient de pudendusqui signifie : honteux, infamant, dont on doit rougir ou avoir honte. Aujourd’hui, la honte relative à cette partie du corps est toujours présente. Le caractère sacré de cette zone n’est plus hormis chez les nudistes qui peuvent oser la nudité sans rougir. La société nous inculque que c’est une partie du corps dont on doit avoir honte ou honte de montrer. C’est un fort contraste avec l’époque gréco-romaine où elle était exhibée et reproduite sous différents arts.

 

Dans une symbolique différente, Michel Odoul, qui a publié le célèbre livre « Dis moi où tu as mal, je te dirais pourquoi », pense que le bassin est lié aux croyances profondes. Il nous explique que l’on peut rapprocher la hanche qui est l’appui fondamental de la jambe à notre appui intérieur qui sont les croyances. Lorsque des douleurs ou des tensions apparaissent, cela peut être une perte des croyances profondes avec la notion de trahison ou d’abandon. Lorsque nous parlons de croyance, nous faisons vite le rapprochement avec une divinité et donc quelque chose qui a un caractère sacré. Cependant ce caractère sacré peut être présent dans chaque croyance personnelle car elles sont souvent inviolables et difficilement remise en cause.

 

En ostéopathie cette zone a depuis le début été une zone clé du corps. A mi-chemin de la tête et des pieds, souvent douloureuse, importante à la fois pour la colonne vertébrale, le bassin mais aussi les viscères, le sacrum est une zone où chaque ostéopathe vérifie la mobilité.

 

Sources :

https://sites.google.com/site/etymologielatingrec/home/s/sacre-sacrifice-et-hieros[1]

http://portail.atilf.fr/cgi-bin/getobject_?a.107:475./var/artfla/encyclopedie/textdata/image/[2]

Benedicti de Spinoza « opera philosophica omnia ». Benedictus de Spinoza Partie III XXVII. Page 372. Stuttgart 1330[3]

http://www.medicinenet.com/script/main/art.asp?articlekey=6970

http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/bmsap_0037-8984_1925_num_6_1_8967

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